Les mains moites, non à force de serrer la plume ou d'enlacer la muse. Elles sont moites et inertes.
Il ne faut pas forcer les mots, les répandre avec barbarie sur la feuille assujettie.Le médiocre de l'écriture forcée, des amours stériles, de l'inspiration apprivoisée.
Il ne faut pas se résigner face aux mots,chercher la meilleure tournure de phrase dès le premier point inscrit.
Plutôt guetter cette apparition,certes inscrite sur un bout de papier mais apparition fugitive,sitôt oubliée.
Tout un texte pour ne retenir qu'une phrase.
Toutes ces histoires où un seul moment a suffi pour en faire une idylle. Et l'écrire, la rêver au moyen des mots,l'épurer de tout commencement, de toute fin pour en faire sa propre tragédie. Et l'écrire encore, et n'y trouver petit à petit que l'écho de quelques autres tragédies,l'écho de quelques gémissements, le murmure réticent de quelques rimes, le silence effroyable d'une page vierge. Et ne plus pouvoir l'écrire. Perdre ce moment, et se heurter à des phrases qui se répètent, qui s’entre-tuent et s'engloutissent dans les lieux communs de tout écrit.
Perdre la phrase authentique, et perdre petit à petit tout le texte.
Et parfois, en guettant cette phrase, les mots défilent, et au fil des dessins tout se dévide, tout se perd pour n'être qu'une suite stérile de mots dont la rencontre est impossible. Comme on se heurte au néant au fil de tant d'années d'attente. Terrible attente car la rencontre est impossible.
La plume nous résiste, la page nous implore de la caresser. Rien à faire; mes mains sont moites car elles ne cessent de se rencontrer pour pleurer la stérilité, l'absurde du génie qui s'éteint. Elles se rencontrent et de là découle des larmes.
Les mains jointes, posture de l'orant,et elles rêvent d'une page ou chaque phrase serait un moment,en perpétuelle fuite. Une page où chaque lecture serait une rencontre nouvelle.
Que les mots fuient mes pages, que les moments me restent délicieux, loin du ressentiment des mémoires, et qu'à chaque fois,le premier mot inscrit me raconte mon oubli, me ressuscite mes caractères perdus.
Les mains jointes, et des fois, loin des prières,elles s'effleurent et ne peuvent se réchauffer. Cruauté des chaînes; côte à côte et pourtant rencontre stérile, impossible.
Et pourtant, de temps à autre, l'une se glisse et l'autre répondant à l'appel, se plie et l'embrasse, se plie à ses désirs, se plie et souffre. Délicieuses retrouvailles, sitôt jointes, sitôt séparées. Rencontre fugitive car douloureuse.
Mais qu'est-ce l'écriture de nos histoires si ce n'est un éternel enchevêtrement de l'impossible et de nos désirs.

An enigma to unravel.
RépondreSupprimer